Une semaine en Corse sauvage

Blog N°4 — Lundi 29 juin 2026, au mouillage dans l’anse de Campomoro, baie de Propriano

Nous avons découvert un autre aspect de la Corse cette semaine, plus brut, plus sauvage. Loin du monde et de son effervescence, nous fusionnons avec la nature, spectateurs éblouis par tant de beauté….

Le grand architecte a décidément bien choisi sa palette sur cette île, petite par sa taille, grande par sa beauté. Tu ne repars pas de la Corse indemne. Sa structure, sa diversité, sa pureté te marquent au fer rouge. Heureusement préservée par ses habitants, elle a gardé ses secrets et son authenticité. Clairement, la nature domine et l’homme corse, amoureux de son environnement, se plie à ses caprices avec délice.

C’est ainsi que de mouillage en mouillage, de baie en baie, nous avons poursuivi notre découverte de la côte ouest de la Corse.

D’abord du côté de Galéria, après la pointe de Ferraghiola, nous nous sommes installés entre les roches devant une petite plage totalement inaccessible par la terre. Au-dessus des roches, le maquis à perte de vue. Les quelques autres plaisanciers s’installaient comme nous dans un autre petit recoin, préservant ainsi pour chacun une intimité avec la nature. Dans la roche brûlante, la nature s’adapte et se faufile ; l’odeur des immortelles et des herbiers séchés sur la plage donne un goût particulier à ces petites criques. La pureté et la couleur de l’eau sont de plus en plus saisissantes.

Quelques milles nautiques plus loin, nous faisons la halte suivante au milieu de roches plus hautes, plus abruptes, dans la baie de Porto où se trouvent les grottes de Piana. Pour nous protéger d’éventuels orages s’installant au-dessus des montagnes, nous mouillons au pied d’une falaise protectrice de la plage d’Ota, à quelques coups de pagaie de Porto, que nous irons visiter le lendemain. En kayak, nous pouvons nous approcher des roches au plus près et même entrer dans certaines grottes. Porto est un petit port très touristique et atypique, caché derrière un gros rocher, creusé dans la montagne et protégé par l’une de ces tours génoises qui agrémentent toutes les pointes de la côte corse. Ces tours ont été construites sur le littoral insulaire en tant que fortifications destinées à donner l’alarme à la vue de navires barbaresques au large. Édifiées sous l’impulsion de la République de Gênes entre la fin du XIIIᵉ siècle et la déclaration d’indépendance de 1735, d’où leur appellation généralisée de « tours génoises ». On en trouve 83 en Corse, chacune pouvant communiquer avec la suivante grâce à sa terrasse, sur laquelle on pouvait envoyer des signaux de feu ou de fumée ; elles ont ensuite servi de postes douaniers. Chacune a son histoire et sa spécificité.

Ensuite, à l’entrée de la baie d’Ajaccio, nous avons posé notre ancre devant les îles Sanguinaires, petite langue de terre affûtée posée comme un point d’exclamation à l’entrée de la baie et dominée par la tour de la Parata.

L’endroit est très sympa et très aéré ; après nos escales isolées de ces derniers jours, un peu d’air est appréciable. Mais entre les courants liés à la pointe et les coups de vent qui se sont levés, le bateau part dans tous les sens et aucun de nos voisins de mouillage ne se positionne dans la même direction. De quoi nous empêcher d’être sereins pour la nuit : nous repartons donc un peu plus loin, plus au calme, face à une fort jolie petite plage agrémentée d’une belle paillote en guise de terrasse. Nous assisterons même à un concert de chants corses depuis notre bateau, au clair de lune, entourés par les dauphins qui circulent à quelques mètres de nous, attirés par les parcs de pisciculture installés juste derrière nous.

Enfin, nous allons découvrir, de l’autre côté de la baie d’Ajaccio, un endroit incroyable : la cala d’Orzu, face à la plage de Lunvarccia, couramment nommée « Chez Francis », le nom de la paillote installée là qui propose des spécialités de poissons. L’endroit est spacieux et très sauvage, mais sa large plage de sable blanc dévoile un lagon lumineux au milieu de toute cette verdure. Nous avons pu partir en randonnée, mais son accès est escarpé : c’est une piste de sable raide de presque 1 km qu’il faut remonter pour retrouver la civilisation. Nous sommes donc partis à la rencontre d’une autre tour génoise, cette fois à pieds.

Ce soir, après quelques milles nautiques encore parcourus toutes voiles dehors, nous avons l’impression de revenir à la civilisation avec notre nouvelle escale, Campomoro, dans la baie de Propriano : le relief s’abaisse, le village et les demeures s’étalent doucement sur les coteaux verdoyants. Nous irons à terre demain matin découvrir cela.

À bord, on dirait que tout le monde s’est adapté : on installe nos petits rituels, entrecoupés de nombreuses baignades, de cuisine à bord, de tentatives de pêche, de moments de calme à lire ou à écrire. Plus de culpabilité, juste de la douceur de vivre. Voilà plus de 2 semaines que nous n’avons pas été dans un port et franchement, tout est ok. La seule chose qui sera appréciable lors d’une prochaine étape dans un port sera de pouvoir rincer tout le bateau et ses ustensiles… il y a du sel partout, dehors comme dedans. Heureusement qu’il fait très beau, mais le sel piège l’humidité et la fait ressortir la nuit ! La gestion du dessalage systématique avant d’entrer dans le bateau sera donc un point à améliorer.

Nous abordons la dernière partie de la descente de l’île cette semaine, avec encore de belles découvertes en perspective.


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